Pasquale Paoli


1725-1807

Pasquale Paoli est né le 6 Avril 1725 à la Stretta, un hameau du village corse de Merusaglia. A cette époque l’île était encore sous la domination génoise.

En Janvier 1735 une 'Cunsulta' (assemblée), se réunit à Orezza, le village où la meilleure eau minérale de Corse est maintenant mise en bouteilles.
La  Cunsulta proclame l’indépendance de la Corse et rédige une constitution qui donne le pouvoir exécutif aux députés élus par le peuple et le pouvoir exécutif à un conseil de 6 personnes élu par la Cunsulta.
Le père de Pasquale, Ghjacintu, faisait parti de ce conseil, mais en 1739 une insurrection corse fut écrasée et Pasquale et son père durent se réfugier en Italie.

Pasquale est un étudiant brillant à l’université de Naples. Son père voudrait le voir entrer dans les ordres mais il préfère la carrière militaire et est affecté comme lieutenant dans le régiment du Royal Farnese en Sicile. Pendant son séjour en Italie, Pasquale suit de très près la politique en Corse. Il reçoit une formation intellectuelle poussée, s'intéresse aux idées des Lumières et aux doctrines étrangères. Lorsque Clemente, son frère, qui était resté au pays lui propose de revenir, contre l'avis de son père, il accepte de retourner en Corse en avril 1755 à Aleria; il prend alors la tête de l'insurrection. Le 13 Juillet 1755, il est proclamé 'Général de la Nation' par la Cunsulta qui devait éventuellement décider du role qu’il allait tenir. Il proclame Corte capitale de la Corse.

Pour achever leur ambition de se libérer de la tutelle génoise et conquérir leur indépendance, les Corses devaient donner pleins pouvoirs à un Général sauf dans les affaires d’Etat pour lesquelles il devait consulter ses députés.

A l’arrivée de Paoli, l’anarchie, le désordre, la vendetta, la pauvreté régnaient sur l’île. Une tâche énorme l’attendait.
Avec fermeté et patience, il réorganise l’île et redonne à son peuple ses droits et sa dignité. Avec une constitution, une armée, une monnaie, un système judiciaire strict et efficace, une université, il fait de la Corse une nation.
Il ouvre des écoles, encourage l’économie, l’industrie et le commerce, introduit la culture de la pomme de terre et plante davantage de châtaigniers. Enfin il fait tracer des routes, crée des ports pour les échanges commerciaux et commence à faire exploiter les mines de plomb et d’argent. Sous son gouvernement, la Corse devient une république démocratique qui fait l’admiration de l’Europe des Lumières et provoque les commentaires de philosophes comme Voltaire et Rousseau qui pensent à des projets de constitution.


Cependant, la position stratégique de l’île en Mediterrannée provoque bien des convoitises (qui continueront jusqu’en 1945 avec le débarquement des Americains).

En 1758, sérieusement endettée, Gênes demande l’aide du roi Louis XV. En Mai 1768, son ministre Choiseul se rendit acquéreur de la Corse pour la France. Consterné, Pasquale Paoli réunit une Cunsulta à Corte et lorsque les armées du roi envahissent l’île pour en prendre possession, les corses défendent leur territoire avec ardeur et avec succès d’abord, mais sont finalement défaits lors de la célèbre bataille de Ponte Novo, le 9 Mai 1769 au grand désespoir de Paoli qui, ayant demandé l’aide d’autres pays d’Europe, doit s’exiler.

 

Le 13 Juin 1769, un navire anglais le mène à Harwich, puis il arrive à Londres où son ami James Boswell qu’il avait rencontré en Corse quelques années auparavant et qui avait plaidé la cause de l’île en Angleterre, vient l’accueillir. Paoli est assailli par une foule enthousiaste et il est traité en héros.

Lors de son séjour à Londres, Paoli change fréquemment d'addresse, entre autres Old Bond Street, Baker Street, Regent Street South Audley Street, Edgware Road et rencontre les célébrités littéraires et artistiques du cercle du Dr. Johnson que lui a presenté Boswell.
Il rend visite aux Cosway et noue une solide amitié avec Maria Cosway. C’était une dame de la haute société, peintre, musicienne et la très jolie femme du célèbre miniaturiste de la Cour, Richard Cosway. Comme elle parle italien, elle gagne le coeur de Pasquale Paoli qu'elle nomme même parrain de sa fille et lui donne le nom de Paolina en son honneur.
A Londres, Paoli captive l’attention du cercle du Dr. Johnson dans lequel sa personnalité expansive trouve sa place naturelle. C’est un club composé principalement de personages célèbres aux idées libérales. Paoli qui exhibe sa redingote trouées de balles et fait payer une redevance aux visiteurs, semble amusant pour les membres fondateurs du cercle qui eux mêmes avaient besoin d’argent, selon James Boswell leur chroniqueur.

Après une série d’entretiens avec le roi Georges III, une pension est accordée à Paoli avec la promesse que s'il revenait au pouvoir en Corse, il continuerait à soutenir les intérets britanniques. Cependant, cela n’était pas une affaire de cynisme. Paoli devient un partisan britannique sincère et fait preuve d’une véritable affection pour ses nouveaux amis y compris le monarque, une prédisposition qui l’entrainera dans le camp royaliste au moment de la révolution.


George III

Boswell 1765.l'année de la rencontre avec Paoli

Maria Cosway



Cet arrangement n’est pas un traité non plus, car à ce moment là, ni Pasquale Paoli ni Georges III n’avaient prévu ce qui allait se passer. Georges III n’avait jamais imaginé qu’il deviendrait le symbole de la tyrannie britannique et Pasquale Paoli qu’il serait condamné comme traître par la révolution, celle même pour laquelle il venait de se battre.

En 1789, 21 ans d'exil plus tard, pendant la révolution francaise, on donne à Paoli la permission de retourner en Corse. Il est élu President et général de la garde nationale. Peut-être la Corse pourrait-elle jouir d’une periode de paix. Mais à partir de 1792, Paoli qui voulait preserver la Corse des atrocités de la terreur et lui conserver sa liberté, fut poursuivi par ses ennemis, accusé de trahison et décreté 'traître à la Nation' par la Convention malgré les efforts de Napoleon pour le sauver. Une fois de plus Paoli est recueilli par la flotte anglaise et les Français le forcent à quitter la Corse.

Une nouvelle 'cunsulta' en Juin 1794 rompt les liens officiels avec la France, adopte une constitution et crée un Royaume anglo corse. Le pouvoir legislatif était maintenant entre les mains de la couronne d’Angleterre et du Parlement corse dont les deputés étaient élus pour deux ans et votaient les lois.
Les Corses sont déçus et en colère car ils espéraient que Paoli serait nommé vice-roi, mais le Roi Georges III nomma à sa place Sir Gilbert Elliot qui considéra - comme son secrétaire d'Etat Frederick North, que la Corse était 'un rocher ingouvernable' ('an ungovernable rock'). Dans une Corse dechirée entre l’ancien regime, la Révolution et l’independance, le chaos et l’anarchie regnaient..
Sir Gilbert Elliot persuadé que Paoli est la cause de tous ces maux réclame son exil et le chef corse quitte la Corse pour Londres le 14 Octobre 1795.
Après son départ, les relations entre la Corse et l’Angleterre se dégradent de plus en plus. Alarmés par les victoires de Napoléon en Italie, les Anglais croient prudent de quitter la Corse qui redevient francaise en 1796.

Pasquale Paoli meurt à Londres au no1 Edgware Road le 5 Février 1807 après avoir passé presque 32 ans en Angleterre.


Il est enterré au cimetière de St. Pancras. En Septembre 1889, alors que le projet de la gare de St. Pancras commence a prendre forme, la translation de ses cendres à Morosaglia est effectuée. Sa maison natale est maintenant un musée.

Un buste par le sculpteur Flaxman se trouve à Westminster Abbey. L’Association des Corses du Royaume Uni Pasquale Paoli ACRUPP (voir le site) dépose chaque année une gerbe pour l’anniversaire de sa mort et la mémoire du 'Babbu' est fêté avec de la musique et des chants corses. Une plaque commémorative a été posée sur la façade du no77 South Audley Street, Londres.